Union Locale CGT de Lanester, Hennebont et sa région.

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Précarité : « Le contrat saisonnier est mis à toutes les sauces »

Précarité : « Le contrat saisonnier est mis à toutes les sauces »

Olivier Morin
Mardi, 28 Juillet, 2015
L'Humanité

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stÈphane Cuisset
Alors qu’elle se termine aujourd’hui, la caravane des saisonniers de la CGT, partie le 6 juillet, a permis à des milliers de travailleurs de connaître leurs droits. Reportage en Bretagne où, comme partout en France, l’emploi saisonnier a fortement évolué ces dernières années.

Binic (Côtes-d’Armor), Roscoff (Finistère), Riantec (Morbihan), 
envoyé spécial.

Un camion aux couleurs de la CGT est stationné sur le parking face à la mer. Les embruns font claquer les drapeaux rouges et les calicots. Une quinzaine de syndicalistes ont enfilé des tee-shirts aux couleurs du syndicat flanqués du leitmotiv « Le travail n’a pas de saison ». Rémi Rigaud, ouvrier agricole et forestier désormais privé d’emploi, est venu de Belfort pour animer la caravane des saisonniers de la CGT durant les trois semaines de juillet. Lors de cette étape bretonne, il donne des indications aux militants de l’union départementale du Finistère qui partent à la rencontre des saisonniers et de leurs employeurs. « Demandez à rencontrer les saisonniers ! En allant dans les restaurants avant 11 h 30, on évite le coup de feu et on peut tomber sur des saisonniers en train de dresser les tables », explique-t-il. Par binômes, les volontaires de la CGT, dont beaucoup connaissent bien le coin, se rendent dans les campings, les hôtels, les restaurants et les exploitations agricoles, distribuant le guide des droits des saisonniers et se renseignant sur leurs conditions de travail. « 65 % des saisonniers ne connaissent pas leurs droits », analyse Johann Botuha, responsable de la caravane pour la Bretagne. Il ajoute : « Le contrat saisonnier est mis à toutes les sauces aujourd’hui. Dans les banques, les grandes surfaces, tout le monde use et abuse du contrat de travail saisonnier, sans forcément justifier d’un surcroît d’activité. » C’est ainsi que les militants CGT se sont rendu compte que les salariés du Super U de Carnac (Morbihan), qui sont une cinquantaine en temps normal, se retrouvent à 150 en été. Un syndicaliste précise : « Il y a cinq ou six ans, c’étaient des jeunes qui payaient leurs études. Aujourd’hui, ce sont des seniors licenciés, des retraités, des mères seules à temps partiel. » Le profil des saisonniers a changé. Leurs lieux de travail aussi. Pas besoin de chercher bien loin la raison de cet usage débridé du contrat saisonnier, quand on sait qu’il évite au patron de payer à son employé la prime de précarité, équivalent à 10 % du salaire. « Ce qui explique pourquoi de nombreuses caissières ont un contrat saisonnier alors qu’elles effectuent des remplacements », confirme Johann Botuha.

Dans leur prospection sur la Côte bretonne, les syndicalistes reçoivent un accueil majoritairement bienveillant de la part des salariés comme des employeurs, « dont certains sont même demandeurs d’informations », s’étonne Johann Botuha. D’autres sont carrément réticents et refusent la présence des militants de la première organisation syndicale de France dans leur établissement. « C’est souvent qu’ils ont quelque chose à cacher », souligne Annie Calvary, salariée du commerce et secrétaire de l’union locale (UL) de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor). Elle n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai auprès des saisonniers car, depuis plus de huit ans, les militants locaux de la CGT font le tour des employeurs du littoral, à la rencontre des saisonniers. L’appui de la caravane, cette année, vient renforcer le dispositif existant. « On y va souvent la troisième semaine de juillet, comme ça les saisonniers ont pu se rendre compte de leurs conditions de travail durant les trois premières semaines », indique-t-elle.

 

Des conditions de travail dignes
des romans de Zola

Dans la tournée, les saisonniers sont souvent peu bavards. Et quand ils le sont, ils regardent souvent par-dessus leur épaule pour voir si le patron n’est pas dans les parages. À l’image des ces ouvriers agricoles d’une exploitation maraîchère du Morbihan nommée les Jardins de la Côte. C’est tout juste s’ils lèvent le nez de leur rang de persil, qu’ils coupent en bottes et mettent en plateaux. Seul un jeune nous lance : « On va avoir des problèmes si on nous voit vous parler. Et vous aussi, vous allez en avoir si le patron vous voit avec votre autocollant CGT ! » Au final, les militants leur laisseront de la documentation sur le siège du tracteur au bout du champ, tout en les invitant à les contacter en cas de besoin. Plus loin, trois saisonniers désherbent de jeunes plants de betterave bio sous le crachin breton. Virginie, Manon et Lorenzo ont choisi de travailler dans l’agriculture et ont même suivi une formation agricole pour s’installer. Ils aiment le travail des champs mais butent aux limites du travail saisonnier. « C’est sûr qu’il y a de l’avenir à se faire exploiter à 9 euros de l’heure ! » ironise Lorenzo, habitué des travaux saisonniers. « Quand on nous paye nos heures », renchérit-il. « Chez certains légumiers, c’est de l’esclavagisme. On travaille 12 à 13 heures par jour en se faisant traiter de bons à rien et il y a bien longtemps qu’on n’est plus ni logés, ni nourris. » Lorenzo décrit des situations où les patrons interdisent de parler ou de fumer en travaillant, et qui mettent la pression aux salariés en ne précisant pas la date de fin de contrat. C’est sans doute une des raisons qui ont motivé le choix de Lorenzo et de Virginie, sa compagne : s’installer paysans en Auvergne. À leur compte.

Des conditions de travail dignes des romans de Zola, les militants de la CGT en découvrent tous les ans. Comme dans ce grand hôtel étoilé de Saint-Malo où les huit saisonniers sont logés dans une seule pièce, dorment sur des matelas à même le sol et n’ont qu’un bac de douche pour se laver. Bouziane Brini, de la fédération des syndicats CGT du spectacle et de l’Uspaoc (Union des syndicats des personnels de l’animation, des organisations sociales, sportives et culturelles), qui a rejoint la caravane dans son étape bretonne, ne cache pas son étonnement de voir que même des services publics ne respectent pas les droits des saisonniers, « comme ce maître-nageur employé par le Sdis (Service départemental d’incendie et de secours) qui me demandait si c’était normal qu’il soit logé dans une caravane ». Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, à l’adresse des militants du Morbihan, rappelle qu’« être saisonnier n’est pas un statut ». Venu de bon matin auprès des syndicalistes avant de partir à la rencontre des salariés de STX, il ajoute : « Les étudiants apprécient la caravane, comme en témoigne la participation de l’Unef (Union nationale des étudiants de France) à certaines étapes. » Il a également souligné le nécessaire renforcement du dispositif estival. Un renforcement qui va bon train, puisque, cette année, ce ne sont pas moins de cinq caravanes qui ont sillonné 56 départements, soit une trentaine de plus que l’an dernier.ont sillonné 56 départements, soit une trentaine de plus que l’an dernier.



28/07/2015
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