Union Locale CGT de Lanester, Hennebont et sa région.

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Mittal / Dossier - revue de presse- vidéo ( B Thibault )

Les métallos se sentent trahis

REPORTAGE - Échaudés par Lakshmi Mittal, "déçus" par le gouvernement, les ouvriers de Florange dénoncent un "Gandrange bis".

Comme chaque 1er décembre, il aurait dû célébrer la Saint-Éloi, le saint patron des sidérurgistes. Mais Giovanni Pensato est comme la vallée de la Fensch. Il n'a pas le cœur à la fête. À Florange, épicentre de dix-huit mois de lutte pour sauver les hauts fourneaux, les mines sont déconfites ce samedi matin, les yeux cernés. L'allocution de Jean-Marc Ayrault a laissé un goût amer : celui d'une terre lorraine maudite, d'une splendeur à jamais fanée et d'une histoire qui se répète. Le mécanicien en sait quelque chose, qui a connu en 2008 la fermeture de l'usine de Gandrange, avant d'être reclassé à quelques kilomètres, aux hauts-fourneaux de Florange. Depuis dix mois, Giovanni Pensato chôme une semaine sur deux. Il a 36 ans et se décrit "comme un malade qui attend une greffe et ne voit rien arriver". Avant d'ajouter : "On tourne comme des pauvres gars toute la journée. Ce n'est pas possible de jouer avec la vie des gens comme ça! Mittal est toujours là, le gouvernement nous a menti. Montebourg n'avait aucun repreneur

"

Sur le parking de l'intersyndicale, les mégots de cigarettes trahissent une longue soirée d'angoisse. Une quarantaine de délégués syndicaux ont attendu la veille l'intervention de Matignon, massés devant leur écran. Les métallos se tiennent par l'épaule, condamnés à regarder un reportage sur la résidence de Lakshmi Mittal, "la plus chère de Londres". Le murmure des téléphones envahit la pièce, les yeux se font tout à coup humides. On annonce un investissement de 180 millions d'euros, mais pas de nationalisation. "Putain, traîtres!", lâche Édouard Martin, délégué CFDT.

"Irréductibles Gaulois"

L'intersyndicale improvise une assemblée, abreuve les médias de déclarations. "On peut être le cauchemar de ce gouvernement comme on a été celui de Sarkozy, martèle le syndicaliste . On ne lui demande pas de sauver la face, mais de sauver la France. Nous exigeons une réunion tripartite. Les travaux doivent commencer maintenant!" Sur les coups de minuit, le maire PS de Guénange, une commune voisine, vient témoigner de son soutien. Loin des caméras, quelques jeunes socialistes se hasardent à serrer des mains. Certains digèrent la nouvelle à froid, devant une bière et une pizza. Édouard Martin rassure les troupes, encouragé par la présence de sa femme et de son nourrisson : "Plus que jamais, vous méritez le surnom d'irréductibles Gaulois."

Toute la semaine, les métallos y ont cru. Une délégation est montée à Paris planter une tente à Bercy, écouter le discours de l'exécutif à l'Assemblée. "J'ai eu un vent d'espoir en rencontrant le directeur de cabinet de Jean-Marc Ayrault, confie Édouard Martin . Il m'a posé des questions sur l'état des outils. J'ai cru que les hauts-fourneaux allaient redémarrer." Mercredi soir, les syndicalistes ont dîné avec Aurélie Filippetti. Vendredi matin, Montebourg est venu petit-déjeuner avec eux. "Je vous apporte les croissants, pas la réponse", lance le ministre, les traits tout aussi tirés que les leurs. La veille, le "démondialisateur" du PS leur assurait, dans son bureau, que la proposition de nationalisation était "bouclée". Que le repreneur avait "les reins solides". 

"Le combat va monter en intensité"

Son aplomb dans les négociations rend l'issue du dossier d'autant plus incompréhensible. "Montebourg est aussi déçu et énervé que nous , avance le délégué FO Walter Broccoli . Il est tombé de haut." D'autres, moins cléments, demandaient vendredi soir sa démission. "On est écœurés , lâche Francisco Lopera, délégué CGT . Montebourg doit partir, il a baissé sa culotte!" Même le maire socialiste de Florange, Philippe Tarillon, peine à contenir son désarroi face à un tel retournement : "Rien ne laissait présager un accord avec ce Mittal, le passé ne plaide pas pour lui." 

 

De nouvelles actions devraient être envisagées dès lundi par l'intersyndicale. "Le combat va monter en intensité , assure calmement Giovanni Pensato . S'il faut cracher du feu dans la vallée pour sauver les hauts-fourneaux, on le fera…" Reste Ulcos, le projet européen de captage de CO2 , seule lueur d'espoir et promesse de jours meilleurs. "Une enveloppe de 650 millions d'euros pour embaucher des ouvriers et assurer une révolution technologique à Florange, vous imaginez!", savoure avec gourmandise Walter Broccoli. Les représentants syndicaux rencontreront jeudi, à Bruxelles, le commissaire européen à l'industrie pour défendre leur dossier. La commission devrait rendre sa décision le 13 décembre. Une bonne raison de fêter, malgré tout, leur saint patron.


 

Camille Neveux, envoyée spéciale à Florange (Moselle) - Le Journal du Dimanche

samedi 01 décembre 2012



02/12/2012

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