Union Locale CGT de Lanester, Hennebont et sa région.

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MANUEL VALLS AU ROYAUME UNI : C’EST TOO MUCH

Manuel Valls au Royaume Uni : c’est too much

Guillaume Duval
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Made in Germany

En visite à Londres, le premier Ministre Manuel Valls a relancé une nouvelle fois la polémique autour du contrôle des chômeurs. Un diagnostic et des recettes erronées. 

 

« En Grande-Bretagne et en Allemagne, le temps partiel a permis de préserver l’emploi et de repartir de manière plus forte quand la croissance est revenue. Nous, en France, avons fait le choix d’un chômage très important et très bien indemnisé » avait déclaré Manuel Valls à Londres au début de la semaine. Enclenchant ainsi une vive polémique au sujet du mode d’indemnisation des chômeurs en France. Un diagnostic et des recettes erronées. 

1)      Du fait du temps partiel les Allemands travaillent moins que nous

Commençons d’abord par la question du temps partiel. Celui-ci est en effet plus répandu, et pour des temps de travail nettement plus limités en moyenne, tant au Royaume Uni qu’en Allemagne. Dans ces deux pays les salariés à temps plein travaillent sensiblement plus longtemps qu’en France : 1,3 heures par semaine pour l’Allemagne et 1,6 pour le Royaume Uni. Tandis qu’au contraire les salariés à temps partiel y travaillent nettement moins, 3,6 heures de moins chaque semaine pour le Royaume Uni et 4,2 heures pour l’Allemagne. Si bien qu’au final, le salarié moyen de chacun de ces trois pays travaille à peu près autant chaque semaine. Des trois ce sont cependant les Allemands qui travaillent le moins longtemps. Dans ces trois pays comme partout dans le monde, le temps partiel est cependant presque toujours du temps partiel féminin. 

 

 

2)      Les écarts de temps de travail et de rémunération entre hommes et femmes sont beaucoup plus importants au Royaume Uni et en Allemagne

Ce temps partiel féminin généralisé admiré par notre premier ministre aboutit du coup à des écarts beaucoup plus importants qu'en France entre le temps de travail moyen des hommes et des femmes (il ne s’agit bien entendu ici que du temps de travail rémunéré, s'y ajoute évidemment le travail domestique assuré en France comme ailleurs surtout par les femmes). Cet écart hommes-femmes, qui est en moyenne de 6,6 heures par semaine dans la zone euro, n’est « que » de 4,8 heures en France, alors qu’il est 8,7 heures en Allemagne et de 8,8 heures au Royaume Uni, quasiment le double de la France. 

 

 

Ce qui se traduit évidemment aussi par des écarts de rémunérations entre les hommes et les femmes beaucoup plus importants au Royaume Uni (31 %) et en Allemagne (24 %) qu'en France, où il est pourtant déjà de 19 %. Il en est ainsi parce que les femmes françaises ont résisté plus qu’ailleurs à la généralisation du temps partiel féminin et que du coup, la France a préféré la voie de la réduction du temps de travail des hommes ET des femmes via le passage aux 35 heures, plutôt que les démarches discriminatoires adoptées de facto en Allemagne et au Royaume Uni. Grâce aux 35 heures en effet, le temps de travail moyen des hommes et des femmes s’est rapproché en France, alors qu’il s’éloignait au contraire, avec la montée du temps partiel en Allemagne et au Royaume Uni. 

 

 

3)      Bien qu’ils travaillent moins longtemps quand ils sont employés à temps plein, les Français sont plus productifs. 

On reste très loin encore de l’égalité homme-femme sur le marché du travail en France, notamment à cause des inégalités persistantes en matière de travail domestique. Il n’y a cependant aucune raison d’un point de vue sociétal, de suivre Manuel Valls et de souhaiter rapprocher la France du « modèle » anglo-allemand, deux pays très proches en effet sur ce terrain. Mais est-ce que le choix français ne serait pas très défavorable en revanche sur le plan économique ? Il n’y a guère de raisons de le penser. Certes, et c’est l’argument servi si régulièrement, le fait que les salariés à temps plein travaillent moins longtemps qu’ailleurs peut présenter des  inconvénients, mais a contrario, le travail à temps très partiel est lui quasiment toujours un travail peu productif, qui pose des problèmes en matière de coordination au sein des entreprises et d’engagement des salariés. Et au final, le temps de travail moyen des salariés français est très proche de celui des salariés allemands et britanniques mais leur productivité est, elle, malgré les 35 heures, très supérieure : un salarié français produit en moyenne 17 % de plus de richesses chaque année qu’un britannique et 19% de plus qu’un allemand. Et sur un plan économique c’est cela qui compte surtout. Ce haut niveau de productivité n’est cependant pas la moindre des causes de notre chômage élevé. Et d’une certaine façon, Manuel Valls a donc raison : pour limiter cet inconvénient, il faudrait aller plus loin dans le partage du travail mais certainement pas par le biais du développement du travail à temps partiel féminin. Gageons, et souhaitons, que Manuel Valls ne réussira pas de toute façon à renvoyer (partiellement) les femmes à la maison pour faire baisser le chômage…  

 

 

4) les chômeurs français sont loin d’être les mieux indemnisés

Mais c’est surtout la partie du discours de Manuel Valls consacrée à l’indemnisation du chômage qui a déclenché la polémique. Il faut dire qu’on se demande un peu quelle mouche a piqué le premier ministre pour choisir de s’exprimer à Londres sur de tels sujets en manifestant son admiration pour l'action du gouvernement conservateur de David Cameron et pour le modèle britannique de gestion du marché du travail. Tout en critiquant sévèrement l’assurance chômage française, alors que la nouvelle convention Unedic vient tout juste d'entrer en vigueur au 1er octobre pour deux ans et que le sujet n'a jamais été évoqué en France par le gouvernement, et notamment pas pendant la dernière grande "conférence sociale", censée fixer l’agenda des discussions dans ce domaine, qui ne remonte pourtant qu'à juillet dernier. Cela ressemble un peu à un coup de tête d'adolescent impatient. Au risque d’apparaître comme une provocation non seulement vis à vis des syndicats et des salariés français mais aussi de François Hollande qui a placé la négociation sociale au coeur de son projet. Son premier ministre l'accuse en effet ainsi implicitement de ne pas en faire assez en refusant de passer en force pour libéraliser radicalement le marché du travail comme avait su le faire "avec tant de succès" Margaret Thatcher et ses successeurs…

Sur le fond, les comparaisons sont difficiles entre systèmes d’assurance chômage compte tenu des multiples paramètres en jeu. Le système français présente incontestablement un certain nombre de spécificités : son taux de remplacement se situe plutôt dans le haut de la fourchette, sa durée d’indemnisation maximale est relativement longue et surtout le plafonnement des allocations est très élevé, au-delà de 6000 euros par mois. C’est le point qui a été le plus critiqué. Ce plafond élevé reflète cependant le caractère assurantiel du système : on cotise à X % de son salaire et en cas de chômage on en touche Y %. Remettre en cause les allocations les plus élevées est évidemment possible mais l’enjeu économique est en réalité très limité : moins de 5 % des allocataires touchent plus de 2000 euros par mois. De plus le système est déjà de facto redistributif : les cadres aux salaires élevés cotisent pour des montants importants alors qu’ils perçoivent relativement peu de prestations car ils sont moins souvent au chômage que les salariés du bas de l’échelle. Si la remise en cause des plafonds de prestation devait aboutir à un plafonnement des cotisations des cadres ou à leur retrait du système au profit d’assurances privées, l’Unedic serait perdante. 

 

 

Au global en tout cas, si on prend l’ensemble de ce que les différents pays consacrent à l’indemnisation du chômage et qu’on le rapporte à leur taux de chômage, on constate que la France se situe certes dans le « haut du panier » et que nombre de pays européens sont moins généreux avec leurs chômeurs. C’est le cas de la Grèce et de l’ensemble des pays ex communistes d’Europe centrale et orientale (officiellement le chômage n’existait pas avant la chute du mur, ils n’avaient donc aucune institution pour y faire face), le Royaume Uni bien sûr, mais aussi la Suède qui a véritablement sabré dans l’indemnisation du chômage au cours des dernières décennies. Cela n’empêche pas cependant que de nombreux autres pays soient aussi plus généreux que la France. C’est le cas notamment de l’Allemagne tant admiré, malgré les lois Hartz, ou encore de l’Irlande, malgré sa proximité avec le Royaume Uni. Mais c’est le cas surtout du Danemark, avec sa fameuse flexisécurité, et des Pays Bas, le « modèle polder » : ces deux pays indemnisent leurs chômeurs à peu près deux fois mieux que nous… Or on nous a régulièrement vanté leurs mérites en matière de gestion du marché du travail et invité à les copier au cours des dernières décennies…   

On peut bien sûr discuter chaque élément de l’indemnisation du chômage et remettre en cause le système français pour le rapprocher des systèmes nettement moins généreux comme le britannique en particulier, mais cela ne fera qu’aggraver dans l’immédiat les difficultés de l’économie française en appauvrissant encore les chômeurs et ne réglera absolument pas le fond de la question : si nous avons beaucoup de chômeurs c’est d’abord parce qu’on crée trop peu d’emplois en France et pas parce que ces chômeurs se tournent les pouces en vivant comme des nababs avec leurs grasses indemnités…   

 

 

 

Guillaume Duval


10/10/2014

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