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Concentration des médias : le pluralisme en a pris un coup en 2015

 
 
 
 
 
 

Concentration des médias : le pluralisme en a pris un coup en 2015

BFMTV, L’Express, Le Parisien… les mouvements de rachat dans le secteur des médias se sont encore accélérés cette année. Inquiétant, à l’approche de la présidentielle de 2017.
Patrick Drahi, patron de Numericable-SFR et nouveau propriétaire de L'Express et BFMTV, en mars 2014. WITT/SIPA

 

Un nom symbolise à lui seul la concentration à l’œuvre dans le secteur des médias en cette année 2015. Patrick Drahi, le propriétaire de Numericable, ne s’est pas contenté de racheter L’Express - où il a supprimé 90 postes - mais il a aussi mis la main , qui rassemble notamment la chaîne BFMTV et la radio RMC. L’an dernier, le milliardaire franco-israélien avait déjà racheté Libération, sauvant le quotidien de la faillite. Et ce ne sont pas les seuls mouvements qui ont agité les médias français en 2015, loin de là. LVHM, le groupe de Bernard Arnault, en octobre le rachat du Parisien-Aujourd’hui en France, amené à se rapprocher d’un autre quotidien, Les Echos, propriété du groupe de luxe depuis 2007. Autre opération d’ampleur : Le Figaro en octobre CCM Benchmark, géant du web français avec des sites comme L’Internaute ou Comment ça marche. Le groupe de l’avionneur Serge Dassault est ainsi devenu le leader français des médias numériques, cumulant 24 millions de visiteurs uniques par mois.

 

 

« La concentration s’est clairement accélérée cette année », confirme Julia Cagé, professeur d’économie à Sciences Po Paris et auteur de Sauver les médias (Seuil, 2015). « Mais je daterais le début du mouvement à 2010, avec le rachat du Monde par le trio Pierre Bergé-Xavier Niel-Matthieu Pigasse. » Depuis, l’homme d’affaires collectionneur d’art, le fondateur de Free et le banquier de Lazard ont aussi racheté à Claude Perdriel le Nouvel Observateur, devenu L’Obs, posant les jalons d’un puissant groupe de presse. Il y a deux mois, Niel et Pigasse, associés au producteur télé Pierre-Antoine Capton, ont mis sur pied en vue de futures acquisitions. Par ailleurs, Matthieu Pigasse, propriétaire du magazine Les Inrockuptibles depuis 2009, a aussi mis la main cette année.

Des mouvements qui font écho à la situation de la presse quotidienne régionale (PQR), elle aussi . La cinquantaine de quotidiens régionaux encore existants en France est aux mains d’un nombre de plus en plus réduit d’acteurs. A peine une dizaine de groupes de presse se partage la PQR. Parmi les plus puissants, citons le groupe Ebra, propriété du Crédit Mutuel, qui a étendu son empire dans tout l’est de la France, avec des titres comme Le Progrès, Le Dauphiné libéré, L’Est Républicain ou les Dernières nouvelles d’Alsace.

Le rachat du Parisien par Bernard Arnault a laissé les analystes perplexes.

A l’origine de cette vague de concentration, des motivations mêlées, dans lesquelles les arrière-pensées politiques ne sont pas absentes. Difficile de soutenir que les hommes d’affaires qui reprennent des titres en grandes difficultés le font pour en tirer profit financièrement. Le cas le plus flagrant de l’année étant le rachat du Parisien par Bernard Arnault, « Il n’y a absolument aucune synergie entre Les Echos et Le Parisien. Ce ne sont pas les mêmes journalistes ni le même lectorat », assure Julia Cagé. De là à prêter au PDG de LVMH, proche de Nicolas Sarkozy, des intentions politiques à l’approche de la présidentielle de 2017, il n’y a qu’un pas que des mauvaises langues  sans hésiter.

 

Certes, les considérations économiques ne sont pas absentes. Il n’est pas incohérent de voir Patrick Drahi, qui a fusionné Numericable et SFR l’an dernier, investir dans les médias pour remplir ses « tuyaux » de contenus exclusifs. Il n’empêche, « il y a toujours eu dans l’histoire des patrons intéressés par la notoriété et l’influence supposée que procurent un titre de presse », explique Patrick Eveno, historien des médias et professeur à Paris-1, qui ne s’alarme pourtant pas de ces évolutions : « Cela fait suite à une période de déconcentration, marquée par l’explosion des empires Hersant et Vivendi dans les années 2000 ». Le groupe de Robert Hersant, autrefois propriétaire de multiples titres, a en effet achevé de se décomposer ces dernières années. En revanche, en mettant la main sur Vivendi et en reprenant vigoureusement en main Canal+, à coup d’interventions dans la ligne éditoriale et de , l’industriel Vincent Bolloré compte bien reformer un grand groupe aux ambitions internationales.

 

Le gouvernement ne serait pas contre l'émergence de fleurons français des médias, quitte à faire sauter les garde-fous du pluralisme.

« En France, les médias sont relativement peu concentrés », poursuit Patrick Eveno, qui cite les géants allemands Bertelsmann et Springer, ou encore le groupe du magnat australo-américain Rupert Murdoch. Justement, le gouvernement ne serait pas contre l’émergence de fleurons français des médias armés pour affronter la concurrence extérieure. Et tant pis s’il faut faire sauter les garde-fous du pluralisme. Fin 2014, le quotidien révélait que le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, avait lancé une réflexion pour assouplir les règles anti-concentration.

Il est vrai que de son côté, la presse a été incapable de renouveler son modèle économique face à la chute de ses ventes. Ce qui la pousse dans les bras de grands industriels, au risque de conflits d’intérêt croissants. Très peu de nouveaux médias indépendants ont réussi à s’imposer ces dernières années, le meilleur exemple restant Mediapart, rentable depuis 2011.

De quoi accentuer les inquiétudes liées à la concentration du secteur, « un vrai problème démocratique », s’alarme Julia Cagé. « Il y a un manque de volonté politique et de réaction citoyenne. La seule fois cette année, c’était . Pourtant, ce que Drahi est en train de bâtir est plus inquiétant. Mais à un an et demi de la présidentielle, le pouvoir politique ne veut pas se mettre à dos des acteurs puissants. » Les nouveaux Citizen Kane ont encore de beaux jours devant eux



30/12/2015

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