Union Locale CGT de Lanester, Hennebont et sa région.

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Eco-taxe : quoi en penser ? dossier pour tenter de comprendre les enjeux

SOCIAL-ECO -  le 27 Octobre 2013

 

L’écotaxe cristallise la colère des Bretons

 

La manifestation devant un portique écotaxe dans le Finistère s'est achevée dans la nuit, après une journée d'affrontements entre manifestants et forces de l'ordre qui ont fait un blessé grave. Un rassemblement très hétéroclite qui mêle salariés de l’agro-industrie en crise et patrons et lobbys du transport routier.

L’écotaxe ne concerne clairement pas tous les manifestants. « L’écotaxe poids lourds n’a pourtant rien à voir avec la fermeture des abattoirs de Gad, de Doux ou avec les problèmes de l’industrie locale » se désespère-t-on au ministère des Transports. Pourtant ils étaient ce samedi devant le dernier des trois portiques écotaxe du Finistère encore en état de fonctionner, réunis à l'appel du "collectif pour l'emploi en Bretagne". Aux côtés des salariés d'entreprises en difficulté, on trouvait des responsables économiques comme Jean-François Jacob, secrétaire général de la coopérative légumière SICA, ou encore des agriculteurs, plus concernés par l’écotaxe.

Des bonnets rouges

Les organisateurs, les patrons d’entreprises de transports, ont distribué aux manifestants pas des bonnets rouges, 900 en tout. Une charge symbolique forte, celle de la révolte antifiscale en Bretagne au XVIIe siècle, sous l'Ancien Régime. Chez Europe Ecologie Les Verts, on dénonce une « instrumentalisation » et une « manipulation » de travailleurs en luttre par des lobbies. François-Michel Lambert, député EELV et Vice-Président de la Commission Développement Durable et Aménagement du Territoire, rappelle que « l’écotaxe permettra de faire payer les transporteurs étrangers et l’importation étrangère de produits agroalimentaires qui sont aujourd’hui exemptés de nombreuses charges nationales. » Il précise que cette taxe devrait permettre « de recevoir près de 150 millions d’euros par an pour rénover ses infrastructures routières et ferroviaires. » 
Les actions deviennent de plus en plus tendues alors que le gouvernement reste inflexible sur la date de mise en application de  l’écotaxe au 1er janvier 2014, assurant cependant à la Bretagne un abattement de 50% en raison de son éloignement du reste de l'espace européen.

Eric Le Bour, secrétaire de la fédération pcf du finistère, regrète que "rien n’a été décidé pour « encourager » les transporteurs qui feraient le choix de mettre leurs camions sur les navires ou les trains." Il rappelle que c'est "la mobilisation du conseil régional, à laquelle les élus communistes ont pris toute leur part, 
qui a permis d’obtenir une prise en compte de la spécificité bretonne, en passant le taux de réduction à 50 % et en exonérant la collecte de lait et quelques autres mesures." Et qu'alors les patrons n'avaient pas bougé.

 

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Halte aux contre-vérités sur l’écotaxe ! (EELV)

 

 

 

François-Michel Lambert – député des Bouches-du-Rhône EELV - Vice-président de la commission du développement durable et de l'aménagement du territoire

Renan Dantec - sénateur de la Loire-Atlantique EELV - Vice-Président de la commission du développement durable, des infrastructures, de l'équipement et de l'aménagement du territoire

Les manifestations actuelles en France, et tout particulièrement en Bretagne, peuvent faire craindre de nouveaux retards dans la mise en place de l’écotaxe poids lourds. Nous voulons dire aujourd’hui avec force qu’un nouveau report ne règlerait rien, et retarderait encore la nécessaire modernisation de l’offre de transport et d’organisation logistique dans ce pays.

L’écotaxe c’est d’abord une fiscalité écologique qui instaure un cercle vertueux : Elle résulte du Grenelle de l'environnement. Cette taxe existe dans cinq pays européens. Mise en place dès 2005 en Allemagne, elle a permis de mobiliser 4,3 milliards d’euros en 2012, et la part du fret ferroviaire y a fortement augmenté.

En faisant payer l'usage des routes par leurs utilisateurs réels, l’écotaxe s’inscrit dans une logique de changement des comportements et une optimisation des transports : moins de marchandises circulant en tous sens sur nos routes et des circuits plus courts. En s’appliquant aussi aux camions circulant à vide, elle incite également les transporteurs à rationaliser les tournées.

Il s’agit aussi de relativiser son impact sur les prix : le coût du transport représente 10% du prix des marchandises, la taxe est de 4,1% et elle ne porte que sur le transport routier empruntant les seules routes surchargées (1% du réseau routier français). L’impact de la taxe sera très limité, la moitié d’1 centime pour une salade de 1 euro. Même pas le coût du sachet plastique ! Bien loin du gaspillage de la chaîne de distribution (7% du prix du produit soit 7 centimes pour une salade à 1 euro).

Ceux qui s’insurgent contre cette taxe aujourd’hui manipulent la réalité. L’écotaxe ne va pas détruire l’économie locale. Au contraire, applicable à tous les transports, et payable au kilomètre, elle va pénaliser les transports longs et ainsi faire baisser l’avantage concurrentiel de marchandises provenant de pays aux normes sociales et environnementales faibles, ou encore faire payer aux transporteurs routiers étrangers qui ne font que traverser la France du Sud au Nord, et qui n’apportent rien à notre économie si ce n’est pollution, et destruction de nos routes. Les flux financiers créés par l’écotaxe sont ainsi créateurs d’emplois que ce soit par l’investissement en infrastructures (près de 1 milliard d’euros par an) et par la protection des emplois locaux contre certaines importations. Nous devons donc faire preuve de plus de pédagogie et de conviction dans notre manière de défendre l’écotaxe !

Concernant la Bretagne, l’écotaxe s’inscrit clairement dans le soutien à des logiques de transformation sur place des productions. Faut-il rappeler que 700 000 porcs bretons sont envoyés à l’abattage en Allemagne chaque année ! L’application de l’écotaxe irait dans le sens de leur abattage sur place. Ainsi seule la viande sera exportée, pas le cochon vivant ! Faire de l’écotaxe un symbole des difficultés actuelles du secteur est donc un contre-sens total.

En tant que Vice-présidents des commissions du développement durable au Sénat et à l’Assemblée nationale, Ronan Dantec et François-Michel Lambert estiment que le gouvernement doit rester ferme sur l’application au 1er janvier de l’écotaxe, et, tout en soutenant son aménagement dans le cas de régions excentrées, dénoncent son instrumentalisation par certains lobbies, de toute évidence plus soucieux de leurs profits immédiats en instrumentalisant ceux qui souffrent de la fin d’un modèle productiviste, que des enjeux environnementaux et de développement local.



28/10/2013

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