Union Locale CGT de Lanester, Hennebont et sa région.

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Air, eau, pesticides... cinq experts réclament des mesures d'urgence

source : JDD

2 mars 2015

 
Air, eau, pesticides... cinq experts réclament des mesures d'urgence

INTERVIEWS - Alors qu'un nouveau pic de pollution étouffe Paris, cinq experts décryptent pour le JDD ce qui menace notre santé. Ils réclament des mesures d'urgence contre les pesticides, la pollution de l'eau, le diesel ou encore les nanoparticules dans nos aliments.

"Les nanoparticules envahissent les aliments"

Marie-Christine Boutron-Ruault, vice-présidente d'un comité d'experts à l'Agence nationale de sécurité sanitaire

"Un sujet m'inquiète, celui des nanoparticules dans l'alimentation. De plus en plus de produits en contiennent dans un vide juridique absolu. Nous nous inquiétons, par exemple, de l'effet des nanoparticules de dioxyde de titane - un composant appelé le E171 utilisé comme colorant blanc -, que l'on retrouve aussi bien dans le dentifrice, le sucre-glace, les friandises dragéifiées ou les chewing-gums… Des nanoparticules d'aluminium sont aussi utilisées comme additif alimentaire.

Le problème, c'est qu'en matière de métaux, les limites réglementaires ne concernent que de grandes quantités d'exposition. Mais lorsqu'ils sont employés sous forme de nanoparticules, leur comportement est très différent et on ne peut pas transposer leurs effets connus. Selon les travaux en cours, ces particules pourraient être captées par le système immunitaire des intestins et entraîner des inflammations chroniques, voire des cancers. Le temps que l'on connaisse leurs effets, les consommateurs en auront été inondés pendant des années! Le principe de précaution devrait s'appliquer. Mais l'industrie agroalimentaire peut ajouter n'importe quoi dans ses aliments, tant qu'il n'est pas prouvé que c'est néfaste."

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"Les véhicules diesel posent problème"

Jean-Félix Bernard, ancien président du Conseil national de l'air, président d'Airparif

"Plus de 3 millions de Franciliens sont exposés à des niveaux de pollution au-dessus des normes de l'OMS. Les propositions d'aide au retrait des anciens diesels sont évidemment justifiées, même si ce n'est pas la seule source de particules. La circulation alternéeest une mesure d'urgence pour éviter l'accumulation des polluants. Mais pour que les émissions diminuent, des mesures de fond sont nécessaires. Lors des discussions à venir, il ne faudra pas refaire les erreurs du passé en confondant action rapide sur les polluants de l'air et actions forcément plus longues sur les polluants du climat.

En 1997, la pastille verte a été attribuée à tous les diesels neufs, alors présentés comme 'propres', et le bonus-malus a favorisé très fortement le diesel, qui émet moins de CO2 qu'un modèle essence. Or ce sont ces véhicules qui posent problème aujourd'hui. Ils émettent des particules fines extrêmement toxiques pour l'organisme. Au moment du Grenelle de l'Environnement, la théorie dominante était que si on diminuait les émissions de CO2, on améliorerait la qualité de l'air. Cela s'est révélé faux. On pensait que ce qui était bon pour le climat serait bon pour nos poumons. Résultat, aujourd'hui, les améliorations attendues concernant la pollution de l'air liée aux transports ne sont pas au rendez-vous. Il y a une urgence de santé publique."

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"Tous les fleuves français sont pollués"

Patrice Halimi, cofondateur de l'Association Santé Environnement France

"La pollution de l'eau a été très longtemps négligée. C'est pourtant un enjeu majeur. Tous les fleuves français sont pollués aux PCB, parmi lesquels, notamment, un produit isolant utilisé dans les transformateurs électriques qui a été interdit en 1987. Malheureusement, des usines chargées de décontaminer les appareils ont rejeté le polluant dans l'eau ; des transformateurs abandonnés ont fini par se répandre et polluer les nappes phréatiques. D'après une étude, 10% des PCB produits depuis 1929 dans le monde sont encore présents dans l'environnement. Absorbés par les poissons, puis par les consommateurs, ces 'engrais à cancers' favorisent l'apparition de tumeurs du pancréas, du cerveau, ou de leucémies chez l'enfant. Ces perturbateurs endocriniens peuvent également entraîner des troubles de la fécondité, des atteintes neurologiques…

L'eau du robinet, elle, peut être polluée par des engrais ou des pesticides. Nous alertons aussi sur les risques liés aux médicaments. Comme les stations d'épuration ne parviennent pas à éliminer les résidus contenus dans nos urines, il arrive, par exemple, de retrouver des traces de paracétamol ou de pilule contraceptive dans l'eau potable. Bien sûr, les doses sont infimes, mais elles peuvent interagir. Et si vous en buvez pendant trente ans, cela peut avoir des conséquences."

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"Les pesticides programment des maladies"

François Veillerette, porte-parole de l'association Générations futures

"On trouve entre 100 et 200 matières actives de pesticides en Europe, qui sont des perturbateurs endocriniens. L'enquête de Générations futures vient de montrer qu'on retrouve une vingtaine de leurs résidus dans les cheveux de femmes en âge de procréer en Île-de-France. Or, même à faible dose, ces substances entraînent un risque pour le fœtus. Plusieurs études montrent que pesticides et perturbateurs endocriniens augmentent le risque d'autisme, de certaines leucémies, de déficience intellectuelle, d'obésité… Les travaux du Pr Sultan, à Montpellier, mettent aussi en évidence des menaces sur la fertilité, des effets spectaculaires chez des jeunes filles qui auront des règles précoces ou une baisse de la production de spermatozoïdes chez les hommes.

Aux États-Unis, 5 à 10% des jeunes filles vivent désormais une puberté précoce. Dans le même temps, un enfant américain sur 68 est touché par un trouble du spectre autistique. L'exposition de la mère pendant les trois premiers mois de grossesse est critique, en plein développement du cerveau. Une équipe de l'Inserm, à Rennes, a suivi des femmes dont les analyses d'urine montraient des traces d'Atrazine, un désherbant interdit mais qui persiste dans l'eau. Résultat : un risque accru de 50 à 70% de faible périmètre crânien et faible poids de naissance. C'est comme si ces substances programmaient des maladies en différé. L'OMS a classé hier cinq pesticides, dont le glyphosate, la matière active du Roundup, comme "cancérogène probable". Mais il faudrait aussi interdire tous les dérivés qui emploient la même substance active."

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"Les enfants sont en première ligne"

Sylvia Medina, coordinatrice du programme de surveillance air et santé à l'InVS

"Dès la grossesse, l'exposition à la pollution a des effets sur le développement du foetus : naissances prématurées, faible poids, voire mort subite du nourrisson. Puis elle entrave le développement de l'appareil respiratoire. Or un nouveau-né, qui n'a que 24 millions d'alvéoles dans les poumons, en aura 257 millions à 4 ans. Un enfant respire 50% d'air en plus par kilo de poids qu'un adulte, son système immunitaire est lui aussi encore en développement… L'étude américaine Southern California Children Health Study, qui a suivi 1.759 enfants de 10 à 18 ans pendant huit ans, montre que ceux qui ont grandi près du trafic routier ont plus de risques de réduction des capacités respiratoires.

Une baisse de 20%, c'est comme grandir dans un foyer de fumeurs! Outre un risque accru de broncopneumopathies obstructives ou d'asthme, cette exposition à la pollution avant et après la naissance a aussi des effets sur la fonction cognitive de l'enfant : déficit de l'attention, troubles du comportement… En 2011, une autre étude a montré pour la première fois une relation entre la pollution et l'autisme : vivre à proximité de grands axes de circulation peut interagir avec un récepteur génétique impliqué dans le développement de l'autisme. Il y a quelques mois, la grande étude californienne a révélé une interaction entre le tabagisme passif, la pollution atmosphérique pendant la grossesse et le développement de l'obésité chez l'enfant." 

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dimanche 22 mars 2015

 
 
 
 
 


22/03/2015

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